Obama : le hasard et la nécessité.
Espace Franquin - Boulevard Berthelot - Angoulême
du 13 au 21 novembre 2008.
Manifestation organisée par les loges d'Angoulème. La Franc-maçonnerie appartient à l’histoire d’Angoulême et y rayonne depuis 1758. Moderne, elle est l’héritière du siècle des Lumières. Discrète, elle se dévoile parfois sans exhibitionnisme et vous invite à l’occasion de la célébration de son 250ème anniversaire à la rencontrer à visage découvert pour connaître ses valeurs, ses idées, ses actions.
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| L'Empire contre-attaque. |
Quelle naïveté que d'avoir imaginé que la Russie, exténuée par 70 ans de communisme et réduite à la mendicité sous Eltsine, allait se contenter de compter les points indéfiniment entre l'Occident et l'Asie sino-indienne. Même amputé de grands territoires comme le Kazakhstan, la Russie demeure non seulement un immense pays, mais aussi une puissance dont la force repose sur l'extraordinaire unité - à quelques exceptions tchétchènes près - culturelle et linguistique. De Saint-Pétersbourg à Vladivostock, des frontières de l'Union Européenne à celles de la Chine ou du Japon, on parle russe, on pense russe, on est russe. La parenthèse de faiblesse et d'humilité ne pouvait qu'être de courte durée. La Russie a la taille d'un empire, la culture d'un empire et n'aurait su plus longtemps se limiter au poids politique du Luxembourg.
Contrainte de s'aligner gentiment sur les Etats Unis et l'Europe en échange des investissements indispensables à son redressement, la Russie d'Eltsine n'avait plus les moyens de peser sur les affaires du monde, n'ayant pas même eu assez de force pour contenir l'éclatement de ses satellites.
L'étape libérale franchie, il appartenait à Vladimir Poutine de remettre de l'ordre dans la maison, de consolider les frontières, de réaffirmer l'existence de la Russie sur la scène internationale. Sans doute la démocratie n'a pas été gagnante à ce grand ménage et la Russie est revenue à des pratiques historiques de pouvoir, nécessairement centralisatrices et autoritaires dans ce qu'Hélène Carrère d'Encausse appelait jadis l'"Empire éclaté". Etait-ce la seule méthode de rétablir un état fort et de lutter contre la corruption au plus haut sommet de l'Etat ? Une chose demeure certaine : le maître du Kremlin est nécessairement un homme à poigne, quelque soit le contexte de libertés publiques qui règnent dans le pays, tant les forces centrifuges sont actives dans un territoire aussi vaste.
La Russie de Poutine a tranquillement réorganisé son armée, modernisé sa flotte, maintenu et amplifié sa maîtrise spatiale, assuré son indépendance énergétique. Il lui restait à démontrer qu'elle entendait rester maîtresse de ses frontières. L'occasion lui en a été fournie par les sottises de la Géorgie.
Lorsque la Géorgie proclame son indépendance en avril 1991, ses frontières sont issues d'un découpage effectué par Staline, Géorgien lui-même. Afin d'ancrer son pays natal au sein de l'Empire, Staline décroche un morceau de l'Ossétie pour l'intégrer à la nouvelle république soviétique de Géorgie. Lors de l'indépendance de la Géorgie, les ossètes du Sud revendiquent assez naturellement leur rattachement à l'Ossétie du Nord et proclame leur indépendance en 1992. Paradoxalement, la Géorgie revendique le maintien de l'héritage stalinien.
Parallèlement, l'Abkhazie, dont la situation ethnique et historique diffère de celle de l'Ossétie du Sud, proclame son indépendance en 1993 et, après une guerre et un déplacement de population géorgienne (250 000 géorgiens contraints de quitter la région), l'Abkhazie devient indépendante de fait, tout en n'étant pas reconnue internationalement.
Cette situation dangereuse n'aurait pas dû perdurer au-delà de l'installation d'un gouvernement démocratique en Géorgie. Mais il en va autrement dans le Caucase, où les peuples de cette région ont une tradition de s'envahir et de se dominer les uns les autres. Conflits en Arménie, en Azerbaidjan, en Tchétchénie, en Ingouchie...
Le gouvernement géorgien décide le 8 aout 2008 d'investir militairement l'Ossétie du Sud, se sentant vraisemblablement protégé par les protestations d'amitiés des Etats-Unis. C'est une erreur : la Russie n'attendait qu'une occasion comme celle-ci pour clarifier la situation en Géorgie. La suite est connue : l'armée russe entre en Géorgie, défait les géorgiens en quelques heures, s'installe et se retire dans le pays à sa guise, démontrant ainsi tant à la Géorgie qu'à ses voisins ou à leurs protecteurs occidentaux, que la Russie entend rester maîtresse chez elle. Et chez elle, c'est là où son armée entre et sort comme elle l'entend.
L'épisode géorgien ne devrait pas constituer un casus belli entre la Russie et l'Europe. Les intérêts américains sont à ce titre sensiblement différents de ceux des européens et l'atlantisme de nos gouvernements devrait malgré tout considérer un simple fait : Le Caucase est loin de l'Atlantique.
Sous l'impulsion revencharde d'anciens pays satellites de l'URSS membres de l'Union Européenne (Pologne et pays baltes), l'UE semble tentée par une stratégie de défiance à l'égard de la Russie.
Rien ne saurait être plus dangereux et contraire aux intérêts européens. S'il y a lieu de rappeler la Russie à la retenue, notamment en ce qui concerne les populations civiles, il n'est ni juste historiquement, ni intelligent politiquement de fragiliser la Russie sur ses frontières. M. Gorbatchev rappelait récemment encore qu'entre l'Amérique du Nord et l'Asie, l'ensemble européen incluant la Russie constituait un élément de multipolarité nécessaire. Personne ne peut raisonnablement craindre la moindre action hostile de la Russie à l'encontre de l'Union Européenne. De la même façon, la Russie entend qu'on lui laisse la marge de manoeuvre qui lui est indispensable dans le Caucase. Il ne s'agit pas de laisser la Russie remettre la main sur des pays aujourd'hui indépendants et reconnus internationalement. Il s'agit de ne pas conditionner son accès aux voies de communication vers le Sud à sa docilité. Il s'agit de ne pas la menacer par des boucliers anti-missiles installés un peu partout à ses frontières, d'abord en Pologne, demain en Géorgie.
Les Etats-Unis proclament que ce bouclier anti-missile n'est en rien dirigé contre la Russie, ce qu'on veut bien croire. Mais comment croire que la Russie puisse conserver son indépendance stratégique si la disposition de ses missiles longue portée est soumise au bon vouloir des américains. Si demain un conflit majeur engage la Russie à ses fontières, il ne lui serait pas permis d'user de ce type de missiles sans risquer de les voir détruits en vol si les américains considèrent dans leur intérêt de les détruire. D'un point de vue russe, ce bouclier est inadmissible et on doit le comprendre. D'un point de vue européen, ce bouclier est la porte ouverte à un conflit direct avec la Russie. Car si une telle éventualité se présentait, la Russie n'aurait d'autres solutions que de détruire les installations du bouclier, sur le sol de l'Union Européenne.
Nos pays d'Europe doivent d'abord se souvenir et ensuite comprendre. Se souvenir que sans la Russie, la deuxième guerre mondiale aurait pris un tour bien différent. La Russie - hors du contexte de domination de l'URSS - est un des pôles de la stratégie de paix en Europe. Comprendre que les intérêts de la Russie ne sont pas dirigés contre nos propres intérêts ni d'ailleurs contre l'intérêt des peuples du Caucase. La Russie n'a pas besoin d'espace, elle en a. Elle n'a pas besoin de ressources, elle en a. En revanche, et c'est un facteur de paix important, la Russie a besoin de débouchés et de voies de communication sécurisées vers l'extérieur. A l'Ouest, par un partenariat serré avec l'UE. A l'Est avec la Chine et le Japon. Au Sud, par la Mer Noire et la jonction caucasienne avec la mer Caspienne. Car la Russie, aussi vaste qu'elle soit ne dispose de frontières libres qu'au Nord : vers les glaces de l'Arctique.
Le temps n'est pas à satisfaire les revanches polonaises et baltes. Le temps est à comprendre que la Russie a des besoins légitimes qui peuvent être satisfaits sans altérer la libertés des peuples, mais sans humilier non plus le grand pays.
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