Loge maçonnique L'Eau Vive - Grand Orient de France
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Convent 2008 : la mixité au GODF se précise.

A l'ordre du jour du convent 2008 de Lyon, la possibilité pour les loges d'initier les femmes a fait l'objet d'un débat qui n'est pas parvenu à dégager une position commune. Les délégués des cinq loges qui ont initié des femmes se sont exprimés. La question a été renvoyée aux loges pour étude au cours de cette année afin d'obtenir un vote au convent 2009.

Un débat ancien et plus complexe qu'il n'y parait.

Dans une association ordinaire, un débat sur la mixité serait ridicule. Et les francs-maçons aujourd'hui hostiles à la mixité ne sont pas à considérer comme des machistes ou mysogines. La différence entre une association ordinaire et la franc-maçonnerie résulte de l'initiation, ce processus intime qui engage l'individu sur la voie d'un partage d'émotions et d'affectivité, processus qui est inexistant ou moins prégnant lorsqu'on est membre d'une association culturelle, syndicale ou sportive.

Travailler en loge suppose une intimité qui, sans être disproportionnée, consiste à établir des liens affectifs, amicaux, fraternels forts. Cette intimité suppose, pour certains maçons, que l'on partage avec les autres membres de la loge, l'intégralité des émotions et des comportements et, par conséquent, exigerait que cette intimité ne puisse être altérée par les différences sexuelles.

L'égalité sociale entre hommes et femmes ne fait pas le moindre débat pour les francs-maçons : les conquêtes des droits pour les femmes ont été, pour certaines, des conquêtes de francs-maçons hommes (rappelons notamment la légalisation de la contraception). Mais égalité ne signifie pas identité : les comportements émotifs des hommes et des femmes diffèrent. Lorsque ces comportements émotifs sont au coeur de l'engagement maçonnique, certains francs-maçons, hommes ou femmes, préfèrent ne pas altérer la sincérité de leur travail en loge par la mixité. Ils ou elles préfèrent alors travailler entre hommes ou entre femmes.

Cette position est tout à fait respectable et ne constitue en aucun cas une attitude rétrograde, comme on pourrait le croire, en feignant d'ignorer la portée singulière de l'engagement maçonnique.

La mixité entre discrimination et intimité.

La ligne de partage entre les partisans et les adversaires de la mixité au GODF a donc un contour particulièrement irrégulier. L'interdiction d'initier les femmes apparait incontestablement comme une discrimination physiologique, mais les raisons de cette opposition ne reposent pas sur une argumentation de ce type. La question posée aux loges n'est donc pas de se prononcer pour ou contre la mixité, mais comment la mettre en oeuvre en respectant les attentes de chacun.

Les femmes initiées dans les obédiences mixtes (telles que le Droit Humain) ou féminines (telle que la Grande Loge Féminine de France) sont considérés par le GODF comme des soeurs de plein droit. Elles sont reçues par les loges du GODF au même titre que les frères d'autres obédiences. Historiquement, ces obédiences mixtes ou féminines ne se sont créées que par défaut : parce que les obédiences traditionnelles (Grand orient et Grande Loge) refusaient leur initiation. Il n'y a donc aucun problème pour un maçon du GODF à reconnaître pleinement la qualité maçonnique d'une soeur d'une autre obédience.

Parallèlement, le GODF n'est pas masculin dans ses statuts : créé en 1773, le GODF n'initiait pas de femmes car il était à l'époque évident que les femmes ne pouvaient avoir d'activités publiques. C'est fort de ce vide juridique que cinq loges du GODF ont procédé à des initiations de femmes en 2007, considérant que rien, dans le Règlement du GODF, ne l'interdisait. Ce qui était évident en 1773, au point que personne n'avait pensé à le préciser, n'est plus évident aujourd'hui.

La liberté des loges, le respect des frères.

Dans ce contexte, rien ne s'oppose à l'initiation des femmes au sein du GODF. Aucune modification du Règlement du GODF n'est même nécessaire !
Il convient donc de préciser quelles sont les conditions dans lesquelles une loge peut initier une femme, afin de respecter les frères qui s'y opposeraient dans leur loge.

La meilleure règle semble devoir être un choix unanime de la loge pour déterminer son statut, masculin ou mixte. Unanimité car il serait anormal qu'un seul frère opposé à l'initiation d'une femme dans sa loge se voit imposer une décision qui le conduirait éventuellement à trouver refuge dans une autre loge, alors même qu'il serait très attaché à sa loge. Cette disposition conduirait donc à un GODF composé de loges mixtes et de loges masculines, clairement identifiées comme telles, auxquelles pourraient s'adjoindre dans le futur, des loges exclusivement féminine. Le GODF deviendrait alors une obédiences mixte avec des loges qui pouraient l'être ou pas.

Une décision stratégique pour le Grand Orient de France.

Les frères du GODF ne doivent pas oublier leur responsabilité par rapport à la position stratégique du GODF au sein d'un paysage maçonnique trop éclaté (de multiples obédiences de petites tailles). Le GODF est la pierre angulaire de la maçonnerie française, la référence historique, le berceau de tous les francs-maçons français et d'une grande partie des francs-maçons d'Europe continentale.

Face à cette maçonnerie libérale (au sens des idées), se dresse une maçonnerie anglaise, en proie au pires difficultés chez elle et qui prétend, au travers de filiales, imposer une conception renfermée de la maçonnerie. La filiale française de la maçonnerie anglaise est la Grande Loge Nationale Française (à ne pas confondre avec la Grande Loge de France, qui fait partie du courant libéral). Cette maçonnerie de club, fortement teintée d'affairisme comme la maçonnerie anglaise ou américaine, a procédé à des recrutements massifs pour dépasser en nombre le GODF et s'imposer comme première obédience française. Or cette maçonnerie est à l'opposé de l'esprit initial des fondateurs de la Franc-Maçonnerie, idéalistes du 18ème siècle initiateurs des Lumières. Le GODF représente la tête de pont d'une franc-maçonnerie émancipatrice, adogmatique, ouverte aux souffrances du monde, toujours prête à réfléchir sur la solution des problèmes que rencontrent nos contemporains.

Il s'agit donc, au travers de ce débat sur la mixité franc-maçonnerie, de reconstituer un pôle maçonnique indiscutable autour du GODF, avec, femmes et hommes unis dans leurs loges respectives, une puissance de réflexion et de proposition multipliée. Ce n'est pas un mince enjeu et qui dépasse largement nos réserves individuelles sur la présence ou non de femmes dans nos loges.