Loge maçonnique L'Eau Vive - Grand Orient de France
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Omar Bongo : un franc-maçon controversé.

Le président gabonais, Omar Bongo Odimba, est donc mort officiellement ce 8 juin, après une courte confusion entretenue par le gouvernement gabonais. Après 42 ans de pouvoir sans partage, il laisse un bilan controversé. Depuis 1965, Omar Bongo était franc-maçon.

Un jeune loup de la Françafrique.

Né en 1935, Albert-Bernard Bongo, ainsi qu'il s'appelait avant sa conversion stratégique à l'Islam en 1973, a 25 ans lors de l'accession de son pays sous la direction du président Léon Mba, en 1960. Indépendance forcée : Léon Mba avait oeuvré pour que le Gabon devienne un département français et non un état indépendant, mais De Gaulle avait rejeté la proposition et l'indépendance fut donc obligatoirement octroyée, non sans obtenir la compensation de liens très privilégiés avec la métropole. Bongo devient directeur de cabinet du nouveau Président et s'inscrit dans cette démarche de relations étroites avec la France. Le 9 octobre 1965, sous le parrainage d'un frère du Grand Orient de France proche des milieux coloniaux, Bongo est initié à la loge "Les Hommes Libres" à Angoulème. Cette affiliation va consolider les liens avec les anciens réseaux coloniaux de celui qui, après la mort de Léon Mba en 1967, va prendre les rênes du Gabon.

Du GODF à la GLNF.

Après les indépendances africaines toutefois, le Grand Orient de France apparait comme marqué par l'histoire du colonialisme : depuis la troisième République, le GODF a fourni bon nombre de cadres à la haute administration coloniale tant français qu'africains, à l'exemple de Blaise Diagne au Sénégal. Pour se défaire de ce lien encombrant, mais aussi pour se rapprocher des milieux d'affaires américains particulièrement intéressés par les richesses naturelles du nouvel état, Bongo choisit de quitter le GODF pour la GLNF, proche de la maçonnerie anglo-américaine. Il fonde une obédience abonaise : le Grand Rite Equatorial, sous la houlette de la GLNF.

Cette évolution va durablement marquer l'évolution de la franc-maçonnerie en afrique francophone : Bongo va tisser des liens de famille avec d'autres dirigeants africains, au Congo, en Guinée Equatoriale et permettra à la GLNF de s'implanter dans ces pays jusqu'à en éliminer le GODF.

Une franc-maçonnerie corrompue et détestée.

Dès lors, tout ce qui compte dans les élites de ces pays entre dans les loges affiliées à la GLNF qui devient une véritable maçonnerie d'affaires où politiques et entrepreneurs se croisent. La cooptation fait le jeu du clientèlisme et la GLNF, à l'époque en lutte ouverte contre le GODF, se compromet à favoriser une maçonnerie qui entretient la corruption, le despotisme et le pillage des ressources naturelles. Au sein de la compagnie Elf, des francs-maçons français de la GLNF sont quotidiennement les invités du palais présidentiel. Au Congo voisin, le même modèle se met en place.

Le système a un avantage : la stabilité remarquable des régimes en place, grâce à une sélection des gouvernants en dehors de l'espace public. La loge se retrouve ainsi au centre du triangle de décision : Palais présidentiel, Elf Gabon, Ambassade de France. Les jeunes africains réclament d'entrer en loge, comme on entre dans un club, pour accéder aux fonctions publiques. Ils seront choisis en dehors de toute règle de droit.

Mais le système a une tare congénitale : toute opposition est écartée de la cooptation. Les opposants ainsi qu'une jeunesse diplômée de ces pays deviennent très ouvertement anti-maçonnique. A la différence des fantasmes erronés qui sont véhiculés sur la franc-maçonnerie européenne, les critiques contre la franc-maçonnerie africaine sont pleinement justifiées.

Ainsi, après le rejet de l'héritage colonial du GODF, c'est au tour de la franc-maçonnerie anglo-américaine, représentée par sa branche française, la GLNF, d'être rejetée par les élites modernistes d'Afrique, coupable d'avoir favorisée la corruption institutionnelle des régimes africains.