Après les trois belles années de grande maîtrise de Jean-Michel Quillardet, il semble que nous soyons revenu à une vision beaucoup plus ancienne du Grand Orient de France avec le Grand-Maître Pierre Lambicchi, un GODF qui fleure sa troisième république, son imaginaire viril, ses vertus méditerranéennes. Le débat sur la mixité, initié par Jean-Michel Quillardet, a été occulté par Pierre Lambicchi : intimidations, menaces d'exclusion, injonctions de silence, interdictions de débats contradictoires entre loges. Pierre Lambicchi ne voulait pas de cette mixité, c qui est son droit, et a souhaité figer le rapport de force au sein de l'obédience en interdisant aux arguments de s'échanger. Parce qu'il savait que le statu-quo anti-mixité demeurait encore favorable mais qu'il risquait de basculer, le Grand-Maître a agit en politique. Les opinions ont été gelées sans autorisation de se confronter.
C'est donc une occasion ratée, mais ça n'est que partie remise : loin d'éloigner cette menace des femmes, le vote du dernier convent donne un signal fort. La mixité progresse au GODF, il suffit d'attendre encore un peu.
Le GODF est une obédience vieillissante, comme toutes les obédiences françaises. 57 ans de moyenne d'âge pour le GODF, c'est-à-dire, bien peu représentative de la société. On ne fait pas la révolution avec un club de pré-retraités et le résultat du vote est statistiquement représentatif de la part encore importante de délégués âgés qui représentent les loges au Convent. Le rajeunissement des cadres est cependant en marche, la vocation universelle du GODF ne peut désormais être comprise comme une revendication marginale : 44% des loges ont voté en faveur de la liberté des loges d'initier des femmes, c'est une moitié, minoritaire, mais non résiduelle, avec laquelle il faut désormais compter.
Car si 44% des loges du GODF se sont prononcées en faveur de la mixité, chiffre en progression massive depuis les derniers votes sur ce sujet, cela signifie que près de la moitié des loges a su opérer une évolution notable sur ce sujet. La dynamique est là, elle est constante, elle ne connait pas de ralentissement. Nous pouvons estimer que cela ne va pas assez vite mais, en vérité, lorsqu'on connait la structure du pouvoir au sein des loges du GODF, cette progression est bien plus rapide qu'on aurait pu le prévoir.
En effet, il ne s'agit pas d'une consultation de l'ensemble des frères du GODF : le Convent représentent des loges qui envoient sur place des délégués élus. Ces frères délégués sont bien souvent des notables de leurs loges, des frères déjà anciens qui perpétuent une conception qui n'est plus nécessairement partagée par tous les frères des loges. Il y a donc un effet de traîne dans ce vote, une inertie spécifique au mode de représentation des loges au Convent.