Loge maçonnique L'Eau Vive - Grand Orient de France
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Le Grand Orient s'ouvre aux femmes.

sat-mixite.jpgAutant le dire, cela ressemble à un poisson d'avril à retardement. Et pourtant, la Chambre Suprême de Justice Maçonnique (instance judiciaire du Grand Orient) a rendu vendredi 8 avril une décision historique : l'initiation des femmes au GODF ne contrevient pas au Règlement Général de l'obédience.

Le Grand-Maître P. Lambicchi avait saisi la CSJM.

Au dernier convent (assemblée générale) de Lyon, en Septembre 2009, la question avait été posée aux loges de savoir si les loges pouvaient choisir d'initier ou non des femmes. Par 54%, les délégués des loges s'étaient prononcés contre cette liberté. Mais déjà la CSJM avait retoqué ce vote - fait exceptionnel - au motif que la question qui avait été posée au convent était différente de celle qui avait fait l'objet du débat interne à l'obédience. Un second vote était donc annoncé au convent de septembre 2010, dans une ambiance particulièrement délétère alors que la pression pour la liberté des loges d'initier des femmes devenait plus forte.
Pierre Lambicchi, Grand-Maître du Grand Orient a donc choisi de faire trancher la chose par l'instance supérieure de Justice Maçonnique : les loges ayant déjà initié des femmes considéraient que rien n'interdisait cette intiation. La CSJM a suivi cette analyse du règlement.

Un élément déclencheur : Olivia Chaumont

Le règlement général du GODF a été rédigé pour l'essentiel au XIXème siècle, c'est-à-dire à une époque où l'on pensait l'universalité exclusivement masculine. Il n'était pas besoin de préciser que les femmes n'avaient pas leur place dans les loges : elles n'avaient pas leur place dans la société civile, elles n'étaient ni électrices ni éligibles, elles ne disposaient pas même de leurs comptes bancaires. Sur ce point la société a évolué plus vite que le GODF et l'égalité des droits entre hommes et femmes s'est affirmée partout. Le GO s'est retrouvé dans la situation absurde de n'être pas officiellement une obédience masculine sans admettre cependant les femmes.
Mais le 21 jenvier 2010, Olivia Chaumont, transsexuelle est reconnue comme soeur du GODF. Initiée alors qu'elle était encore un homme, Olivia Chaumon avait obtenu son changement de sexe administratif et, finalement, fut maintenue au sein du GODF malgré sa nouvelle identité sexuelle, faisant d'elle la première femme officiellement membre du GODF. Ce précédent créait une obligation de réexamen de l'ensemble de la doctrine.

Que va-t-il se passer maintenant ?

La géométrie du problème est désormais inversée. Alors qu'auparavant la mixité était considérée comme contraire au règlement, sans que la CSJM n'ait jamais été entendue là-dessus, ce sont désormais les partisans de la masculinité exclusive qui se retrouvent en délicatesse avec le règlement. Désormais, il n'est plus besoin d'envisager une modification du règlement pour initier des femmes mais l'inverse : pour affirmer le caractère masculin du GODF, il faut modifier le règlement !
Décision logique au regard du texte et de son contexte : par deux fois, en 1913 et en 2009, les convents du GODF ont refusé à une large majorité d'inscrire dans le règlement général le caractère exclusivement masculin de l'obédience. La CSJM prend acte.
Le débat n'est pas pour autant clos : cette décision va provoquer des réactions passionnelles et difficiles. Le prochain convent sera l'objet d'un retour bruyant de cette question. La méthode utilisée - la saisine de la CSJM plutôt qu'un nouveau vote - sera évidemment contestée.