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Humeurs
Quand l'ignorance et le mensonge font la guerre... Par Jean-Dominique Reffait (Pontault-Combault)Voila bien le véritable problème de cette guerre contre l'Irak : il s'agit d'une guerre de l'ignorance et du mensonge. Personne ne peut reprocher aux USA et à la Grande Bretagne de vouloir une guerre pour servir leurs intérêts. En effet, c'est le propre d'une guerre de servir des intérêts et cette situation perdure depuis l'aube de l'humanité. La France elle-même s'est constituée presqu'entièrement sur ce concept de la guerre d'intérêts, jusqu'à un passé très proche.
Ce qui diffère avec la situation actuelle, c'est l'ignorance crasse des anglo-américains du contexte irakien en particulier et monde arabe en général. Ca c'est très grave pour des puissances qui prétendent dire le Bien et le Mal sur la planète. C'est ensuite le mensonge érigé en principe politique d'une démocratie, tant en direction de ses propres concitoyens que de ses alliés. Là, ce n'est plus grave, c'est dangereux. L'ignorance de Bush n'est pas qu'un défaut, c'est une arme dangereuseLes anglo-américains nous ont répété à l'envie qu'ils allaient libérer le peuple irakien d'une tyrannie sanglante. Que le régime de Saddam Hussein soit une tyrannie sanglante n'est pas douteux. Que les irakiens souhaitent en être libérés est évident.
Saddam a bati un régime sur le modèle de celui qu'il admire : Staline. Il y a quelques semaines, la Russie commémorait le cinquantenaire de la mort de Staline et l'on s'est aperçu que le bilan qu'en faisaient encore beaucoup de russes était loin d'être négatif. Avec Staline, la famine a disparu, la dignité face à l'ennemi nazi a été retrouvée, l'industrialisation a connu des progrès considérables. Les goulags ? le peuple ne les a pas connu et seuls les intellectuels ont eu à en souffrir.
Il n'est pas besoin d'aller très loin, ou dans un pays pauvre : en Italie, membre du G7, les néo-fashistes nostalgiques de Mussolini co-gouvernent avec Berlusconi.
A Safwan, ville frontière irakienne sous contrôle anglo-américain, on voit des hommes nombreux, prétendument libérés du tyran, qui continuent de clamer leur fidélité à Saddam et à un Irak libre des étrangers. Car au-delà des atrocités ordinaires d'une dictature, le peuple retient l'idée nationale, les progrès industriels, les équipements. Que voyons-nous en Irak ? Des villes modernes, des autoroutes à 2 fois 3 voies de Bagdad jusqu'en Jordanie, des universités renommées, une classe dirigeante instruite : l'Irak n'est pas un petit pays, ce n'est pas l'Afghanistan. Il s'agit d'une nation millénaire, fière, intelligente et qui, avec ou sans Saddam, considère que sa liberté n'est pas du ressort d'étrangers.
La résistance irakienne surprend les armées anglo-américaines. Elle ne surprend pas ceux qui connaissent les grandes nations arabes dont l'Irak fait partie. En 91, il fut facile de battre les irakiens car les irakiens eux-mêmes ne voulaient pas mourir pour le Koweit. Aujourd'hui, il s'agit d'eux, de leur destin dont on voudrait, à toute force, changer l'allure, comme on voulut le faire dans le passé en Algérie ou au Vietnam.
On sait ce qu'il advient de ces folles prétentions occidentales.
Content de se débarrasser de la dictature, les irakiens n'en auront pas pour autant renoncé à leur fierté d'habiter une terre d'aussi prestigieuse civilisation. Ils ne deviendront pas pour autant les serviteurs soumis du modèle américain et prieront poliment les soldats Mentir à l'intérieur et à ses alliés : l'extrême droite américaine au pouvoirOn se souvient du malheureux Colin Powell au Conseil de Sécurité, avec ses "preuves" rachitiques qui faisaient sourire. On se souvient du rapport britannique pompé sur des travaux d'étudiants vieux de plus de 10 ans. On vient d'apprendre que le fameux dossier nigérien - pays auquel l'Irak aurait voulu acheter de l'uranium - est un faux grossier : imitation navrante de la signature du chef d'Etat nigérien, etc. Les experts de l'AIEA en restent sur le derrière.
On ne trouve pas d'armes de destruction massive en Irak. Les inspecteurs n'en ont pas trouvé. Les militaires américains n'en trouvent pas. Les raisons de la guerre, ce dont personne n'a jamais douté, sont dans le pétrole et rien d'autre. La position idéale de l'Irak, entre Turquie, Syrie, Iran, Koweit et Arabie Saoudite en fait une plaque tournante stratégique pour servir les intérêts spécifiques des anglo-américains dans la région.
Mais par delà les mensonges habituels en période de conflit, ce qui est plus grave est le mensonge à sa propre population dans une démocratie. Faire une guerre sur un mensonge est courant, dans la mesure où personne, à l'intérieur, n'est dupe de ces mensonges. Mais entrainer une démocratie dans une guerre d'intérêts privés (Les pétroles pour le clan Bush et les pétroliers anglo-américains, les grands travaux de BTP de la reconstruction pour Dick Cheney, etc.) est dramatique car il apparait désormais qu'une "dictature démocratique" peut se mettre en place dans une démocratie.
Or c'est bien ce que recherchent actuellement les fanatiques qui ont lancé leurs avions le 11 septembre 2001 ; démontrer que la démocratie occidentale use des mêmes outils de répressions, de mensonges, de soupçon policier que n'importe quelle dictature. Voudrait-on déconsidérer la démocratie qu'on ne s'y prendrait pas autrement. Aux Etats-Unis, plus de 1500 manifestants anti-guerre ont été arrêté, événement gravissime et inédit dans la plus puissante démocratie du monde.
G. W. Bush a déjà donné le sentiment au monde d'avoir volé son élection, avec l'appui de son frère gouverneur de Floride. Son administration dérive désormais, depuis le 11 septembre, vers le totalitarisme : surveillance des courriers personnels sur internet, évictions des fonctionnaires américains d'origine arabe des postes sensibles, répression des opposants à la politique gouvernementale. Certes la politique américaine cache ses nuances derrière son bipartisme. En Europe, on a ainsi tendance à confondre le Parti Républicain avec un parti conservateur traditionnel. Or les Républicains couvrent tout l'échiquier politique de l'extrème droite au centre droit, de même que les Démocrates couvrent toute la gauche, de l'extrême gauche au centre gauche.
Aujourd'hui, il n'est pas douteux que l'extrême droite américaine, qui ne ferait pas rougir un Jean-Marie Le Pen, tient les rênes des USA. Les premières victimes en sont américaines.La guerre est toujours saleLa notion même de "frappes chirurchicale" est choquante. Associer un bombardement à un acte sauveur de vie est une manifestation de cynisme écoeurant. Les fameuses règles de la guerre sont les cache-misère d'une réalité dégoûtante ; la guerre sême le deuil, la douleur, le pillage, la lâcheté, l'humiliation. Il ne peut se concevoir d'armes propres quand celles-ci tuent, amputent ou avilissent. Toute guerre est une abjection, tout responsable politique qui décide la guerre est abject. A ce titre Bush, Blair et Saddam se valent, sans que je parvienne à établir une hiérarchie entre eux. Débarrassé de ces trois tristes sires, le monde serait sans doute plus joli à regarder.
Un dernier mot, choquant. Je souhaite la victoire finale de l'Irak : débarrassé de Saddam et de Bush.
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