Hommage à Jean Zay, ancien ministre, résistant et franc-maçon, à l'occasion du 60ème anniversaire de sa mort.
LE MONDE (10/12/2004) - L'hommage à Jean Zay, héros méconnu de la République.Le ventre de "une"L'hommage à Jean Zay, héros méconnu de la RépubliqueLE MONDE | 10.12.04 | 14h01 A 12 h 15 par e-mail, découvrez toute l'actualité économique et financière. Abonnez-vous au Monde.fr Lauréat du concours général à 18 ans, député radical à 28 ans, ministre de l'éducation nationale à 32 ans, Jean Zay fut une figure de l'histoire de la République, un des "bâtisseurs" de l'école publique, un résistant de la première heure et une victime de l'Etat vichyste. Cent ans après sa naissance, le 6 août 1904, et soixante ans après sa mort, son lointain successeur, François Fillon, devait lui rendre un vibrant hommage vendredi 10 décembre. A cette occasion, le Foyer des lycéennes à Paris, qui sert d'internat pour les jeunes filles en classes préparatoires aux grandes écoles, sera baptisé du nom de l'ancien ministre.
François Fillon salue en Jean Zay "l'une de nos plus vraies fiertés"
Né d'un père juif et d'une mère protestante, franc-maçon, Jean Zay connut une carrière politique fulgurante. Après la victoire du Front populaire, Léon Blum confie le ministère de l'éducation nationale à ce jeune député élu depuis 1932. Jean Zay est avocat de profession et ne connaît pas le monde de l'enseignement, mais il lance une série de projets visionnaires. Dès 1937, il propose la création d'une école pour les futurs hauts fonctionnaires de la République - projet qui verra le jour en 1945 avec la création de l'Ecole nationale d'administration (ENA). Jean Zay tente d'unifier l'enseignement primaire, alors divisé en plusieurs ordres, préfigurant les grandes réformes des IVe et Ve Républiques. Il repousse l'âge de la scolarité obligatoire de 13 à 14 ans et publie des circulaires interdisant le port de signes politiques et confessionnels au sein des établissements scolaires.
Le 3 septembre 1939, il abandonne volontairement son ministère pour rejoindre son régiment et la guerre contre l'Allemagne nazie. A la veille de l'armistice, en juin 1940, Jean Zay rejoint le Maroc avec 26 autres parlementaires pour continuer le combat, mais la police de Vichy l'arrête. Il reste quatre ans en prison, jusqu'à ce 20 juin 1944 où des miliciens l'amènent dans un bois proche de Molles, dans l'Allier, pour l'assassiner.
Selon François Fillon, l'éducation nationale a tardé à "prendre la mesure de sa dette" à son encontre. "Dans l'inquiétude pressante de la réconciliation nationale, ajoute-t-il, l'après-guerre édifia ses mythes avec un bonheur inégal. Elle délaissa Jean Zay. Je voudrais qu'il prenne désormais toute sa place parmi nos plus vraies fiertés."
Luc Bronner (Le Monde)
Note de la rédaction Eau Vive : le Frère Jean Zay a été initié à la Loge Etienne Dolet du Grand Orient de France.